Jeudi 20 mars 2008


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Diogo Potes
 

La physicalité du mot. Le mouvement de mots. La physicalité du mouvement. Le rythme. La musicalité. La physicalité du vocal. Le mouvementé. Le mouvementé du bocal. Le bocal en mouvement. Le trou du mental. Le jeté du pensé dans le trou du mental. Les petits trous. Les petits trous. Le poinçonneur du verbalisé. Le garrot du corporisé. Le gare au : je tombe dans le trou. La physique du jeté dans le trou. Du jeté dans le dire. La physique du risque. L’éthique du jeté. L’esthétique du risque. Le risqué de l’esthétique. Le risqué de l’éthique. Le mentalisé du risque. Le physicalisé de l’action.
 
Le corporisé du manque. La sonorité du risque. Le drame du pensé. La physicalité tragique. Le lit outragé. Le couché de l’écrit. La couche du babil. Le mot trempé. Le dire incontinent. Le corps sur les cinq continents. La mer de réflexion. La merde physicalisée. Le dire et l’ordure. Le dire et l’or dure. Le dire et durable. L’écrit solidaire. Le pensé communautaire. Le subjectivé du pensé. La scène réflexive.
 
Le corps mentalisé. Le corps objet. Le corps objet dans le dire. Le dire du corps. Le désir physique. La physicalité du désir. Le dire du désiré. Le pouvoir dire. Le corps totalitaire. La pensée démembrée. Le mouvementé du mentalisé. L’attention sans rien dire. Le faire attention. Le concentré du faire. La gaffe éthique. L’émancipé du pathogène. Le fumigène de l’émancipation. La mèche du regardé. Le pétard de l’attention. Le souverain dans mon champ.

 

par Nolwenn Euzen communauté : Poésie contemporaine
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Mercredi 19 mars 2008


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Chorégraphie de Boris Charmatz



Le Printemps des poètes exerce sur l’auteur de livres de poésie une discipline intraitable de respect de l’autre. Placée à la une des animations de bibliothèques, et sur la scène de spectacles focalisés pour l’occasion sur la poésie, et ficelée à grosses ficelles pour plaire aux enfants, et sudokisée en jeux d’écriture pour plaire aux adultes, et hollywoodée pour plaire aux ados, les oulipiens babas devant tant de figures de style.
 
Les oulipiens sont d’infatigables stylistes. Ils tiennent la forme dans ses plus extrêmes conditions d’exercice. Avec l’endurance du commentateur dans les triples sauts piqués, un oulipien tient la cadence d’observation de ces figures sans nom du patinage artistique commentées savamment dans la concentration indisponible des auditeurs du dimanche après-midi.
 
Pour un poète expérimental qui imaginerait la projection d’expériences radicales du langage dans le grand public au moment du Printemps des poètes, la loi des conditions restreintes de l’expérimentation opère invariablement. L’audience d’une forme radicale réduit d’autant que la poussée du repère conventionnel dans la langue est forte. C’est pourquoi dans la période où l’audience du champ poétique dans le champ littéraire annuel est la plus étendue, la frustration des poètes expérimentaux est forte et l’effort de détachement maximal imposé aux artistes vis-à-vis de leur discipline.
   
Pour les poètes qui publient des livres de poésie, comme pour ceux qui les performent, une loi statistique d’inflation conduit, dans la croissance générale des manifestations printanières, à leur accorder un sursaut d’activité. Comme aux chevaux, les ornières sont alors utiles à une certaine sagesse du jugement. Toute évaluation du champ dans son ensemble conduirait à une mélancolie profonde de l’artiste en proie au sentiment d’inanité devant les formes présentées au public. L’observation d’actions restreintes lui garantit la sérénité.
par Nolwenn Euzen communauté : Poésie contemporaine
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Mardi 18 mars 2008

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Mot-image de Christian Robert -Tissot

Michel Giroud a donné hier une performance à Rennes. Tout n’est pas si virtuel sur l’Internet qu’il faille écarter la localisation de certains événements du réel. Bien sûr Michel Giroud aurait pu donner une performance à Nîmes, une performance à Grenoble, une performance à Nancy, une performance à Lille, une performance à Noisy, une performance à Brest, et la boucle bouclée une performance ailleurs ou bien encore son podcast à l’oreille. 

Michel Giroud aurait alors, un peu partout comme à Rennes, performé en costume de randonneur parmi fanions anti-jeux olympiens et générations de platines à 45, 33 tours, platine CD ou lecteur DVD. Sans oublier sa clochette tibétaine, sa trompette sonori-souffleuse, sa grenouille coasseuse de quoi et son coq muet du cocorico. 

Michel Giroud performe jusqu’à plus de souffle et pour mieux respirer en poésie sonore. Militant convaincu, passionnément engagé, mais aussi défenseur radicalement anti-esthète de la poésie et grand prestidigitateur du mouvement de la poésie sonore. L’anti-poétisme de la performance même : historique du mouvement sonore à la façon de la pédagogie du cancre, et tribune-tribunal politique outragé chaque seconde. 

Enfin et pour n’en pas finir, la performance se reporte à la prochaine ; les auditeurs conviés à monter sur scène acquérir quelques ouvrages essentiels au mouvement sonore édités par les éditions Les presses du réel. Autour de Michel Giroud il y a Raoul Haussman. Il y a la mariée de Marcel Duchamp. Il y a Marcel Duchamp. Il y a Hugo Ball. Il y a Hans Arp. Il y a la liberté des mots en liberté de Marinetti qui reparaîtra bientôt en fac-similé sous ces Presses du réel.
 
Qui ose penser la page comme un mur ?

www.lespressesdureel.com/


La rencontre a eu lieu dans le cadre du Festival "Deklamons" (lectures, poésie, performances) organisé à l'université Rennes 2 dans le cadre du Printemps des poètes. Direction artistique: Daniel Riou. Equipe de réalisation: Marie-Charlotte Duluc, Servanne Monjour, Morgane Cadieu, Anne-Gabrielle Roussel, Maxime Dubois, Sébastien Zaegel.
par Nolwenn Euzen communauté : Poésie contemporaine
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Jeudi 13 mars 2008

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Zero and Not, 1986, and Zero and Not, 1989 figures 4 and 5, Joseph Kosuth,
Sigmund Freud Museum, Vienne


Le champ d’utilisation des mots « poésie » et « poète » connaît en ce moment un sursaut d’activité dans le « slam ». J’ai assisté à ces tournois de poésie en bars, puis à une session spéciale organisée à l’occasion du premier livre-CD de slam édité à Rennes par l’association « Slam connexion ». Cette occasion, à l’écart des enjeux du tournoi ordinaire, m’a conduite à une assez longue discussion avec l’un des auteurs de textes.
 
Le livre édité, qui est la trace du tournoi annuel « Tout Rennes Slam », présente le texte dit par certains auteurs retenus lors de la session, accompagné de la photo du diseur sur la scène du tournoi. L’ensemble est complété par un CD qui donne à entendre la performance « live » bien que cela puisse aussi être un enregistrement. Le livre est, en dernière page, achevé par cette dédicace: « à la poésie ».
 
C’est sur cette adresse que j’ai entamé la discussion avec un auteur de l’ouvrage. J’ai demandé ce que représentait pour lui ce "à la poésie". Un fort soupçon de sa part a pesé sur ma question, que j’ai reformulée plusieurs fois de manière à déjouer la méfiance qui pointait dans son désir de réponse. Je tenais dans le même temps à conduire l’échange dans la divergence des points de vue sans adhérer, pour gagner sa confiance, à son propos sur la poésie. 
 
La discussion fut assez éprouvante en raison de l’amplitude de l’aiguillage nécessaire à nos discours. Après tentatives réciproques de touches du point de vue de l’un sur l’autre qui confrontait d’un côté la revendication d’un usage libre du mot poésie et l’accessibilité de jeunes rebutés par le mot poésie à une pratique, le slam, d’expression par l’écrit, la voix et le corps ; de l’autre l’exigence de ne pas vider le mot « poésie » d’un contenu artistique et d’un rapport à la création poétique contemporaine.
 
L’aiguillage des points de vue nous a permis à chacun, sans renverser l’un et l’autre nos conduites respectives, de saisir ce qui motivait celle de l’autre. Et ce dans la conscience de l’effort que nous avions chacun produit pour en arriver là et qui ménageait l’essentiel, une zone de respect, voire de curiosité.
 
L’articulation de nos discours s’est huilée notamment par cette idée qu’un boulanger qui fait son pain n’a pas la même idée de son pain que l’ensemble des personnes qui font leur pain eux-mêmes. L’opposition des points de vue s’est alors infléchie et le soupçon d’élitisme qui pesait sur mon emploi du mot poésie dissipé. On a pu poursuivre sur un rail de la réflexion qui visait finalement la question des références populaires en poésie.
 
J’ai informé mon interlocuteur d’une discussion lancée sur le Slam par la Maison de la poésie de Saint Quentin en Yvelines. Il m’a vivement signifié vouloir donner son point de vue en me promettant de venir voir ce qui se passait à la Maison de la poésie de Rennes. Plusieurs personnes intriguées, puis lassées par notre échange, y avaient toutefois rapidement renoncé.


Merci à Seb pour son obstination ouverte dans cet échange.

"Tout Rennes Slame 2006, anthologie du slam rennais", Editions Slam connexion, février 2008.
Livre + CD 12 euros.

www.myspace.com/slamconnexion
par Nolwenn Euzen communauté : Poésie contemporaine
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Mardi 11 mars 2008




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Ohne Brücke keine Perspective 1:5e/S.Hubard



Rectifions d’abord le « jeté » du titre ci-dessus. L’infinitif du verbe « jeter » devrait, en circonstances orthonormées aux verbes « lancer », « lâcher » ou « toucher », s’accoler au pronom « le » dans une forme substantivée du type « le jeter ».  Mais une raison, sans doute chorégraphique, définit le « jeté » comme, jeté simple, jeté battu: saut lancé par une jambe et reçu par l’autre en danse ou, épaulé et jeté: effort de basculement des poids sur les bras, en haltérophilie. Le jeté caractérise aussi, dans une certaine endurance, la chorégraphie du fil jeté sur l’aiguille dans le tricot, puis se stabilise dans le champ de l’ameublement en « jeté de table » à vocation ornementale.
 
Je songe, et ce dans l’infini de la régression de mon idée, à l’insondable subversion de la durée et du sens de l’action que cette substantivation du verbe jeter dans « le jeter », accorderait au mot. Surtout pour parler d’un poème.
 
Pour garder prise aux circonstances concrètes de l’action, de sorte que la proximité du vide-ordures visée par le jeté soit perceptible, j'ai gardé la forme adjectivée du verbe "jeter" dans le groupe nominal du titre. Mais ce n’est qu’un mirage syntaxique que mon intelligence de la langue autorise.
 
J’aime bien utiliser le mot « intelligence » car je n’en suis jamais sûre. Je suis certaine d’une part de doute quand il prend part à mon lexique. Ce qui n’arrive pas tous les jours, mais tout compte fait plus fréquemment que dans le lexique de beaucoup.
 
Par exemple, je l’ai utilisé, je m’en souviens: quand je travaillais à l’éducation nationale. J’avais noté dans le carnet d’un élève qu’il devait faire preuve d’intelligence. La circonstance m’en avait fait douter. Douter sans gravité. Je soustrais la suite de l’anecdote dont voici la conclusion : j’ai compris que le mot « intelligence » était comme une maladie grave dont le moindre symptôme de bêtise ou maladresse réveillait la douleur. 
 
Le mirage, je m’en suis concrètement rendue compte en l’expérimentant ailleurs que dans « Tintin », et cependant dans une circonstance qu’Hergé n’aurait pas refusée à son héros : les « salinas grandes », la mer de sel exploitée dans ce désert minéral argentin au pied de la cordillères des Andes. Le mirage est bien une digression de la représentation.
 
Ainsi j’ai cru voir des lamas s’abreuvant dans une immense flaque d’eau et des montagnes se réfléchissant sur la surface liquide quand l’expérimentation prolongée et mon déplacement dans le lieu déconstruirent les lamas en petits tas de cailloux et la surface liquide en nappe de sel blanc.
 
Le faux mauvais poème est celui qui déconstruit sans gravité le mirage de sa formation. Le vrai mauvais poème est par défaut celui qui ne se dénoyaute pas sans devenir aussi plat qu’une nappe sans sel blanc dans le plus sérieux des regards de lamas.
 
J’ai retranché au propos une part de sa gravité dans le mirage de variations bleutées que produit maintenant l’écran dans lequel je contrôle des yeux l’avancée du propos… sur fond bleu.
par Nolwenn Euzen communauté : Poésie contemporaine
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Dimanche 9 mars 2008

 

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                                                             Série photographique "Maladresse", Estelle Artus


Evidemment, et ce de Descartes à Dada, et quoiqu’on puisse juger que la pensée dont je suis en cours d’explicitation ne soit pas plus intelligible qu’une lointaine citation tombée dans mon coup de dés au moment où je m’étais décidée à mobiliser mes forces dans l’appel d’une conviction poétique, évidemment il est méthodiquement fondamental de douter de tout et n’importe quel coup de dés. Y compris du hasard.

« Je pense donc je suis » et « Dada doute de tout » font, dans le jeté hasardeux de ces mots à ma liberté syntaxique : « Je pense donc je doute » et « Je suis dada de tout ». Un coup de dés chanceux à mon jugement.
 
Certes et vous en conviendrez, la probabilité de réussite en bouquet de sens de ce jeté syntaxique était faible. La mèche de lancement du feu d’artifice humide. La pluie orientale de ma conviction au hasard assourdit le coup de klaxon sémantique que de telles phrases bien orchestrées auraient déclenché chez un « poète-orchestre » plus emballé que moi par la zizanie mentale du sens dans le poème.
 
Mais si et seulement si la mèche n’a rien donné, me voilà antidotée de l’inanité du son « isme » que j’entends, après le bouquet de leurs plus épanouissantes formes, dans les mots « créationnisme », « imagisme », « simultanéisme », « paroxysme », « ultraïsme », « ostracisme ». Je suis blanchie. On ne suspectera pas davantage mon intelligence avec l’art que mon attrait pour les mauvais poèmes.
par Nolwenn Euzen
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Jeudi 6 mars 2008

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Still life 07 parts a,b,c , ANNA ORLIKOWSKA, 2006

Federico Bianchi Contemporary Art


L’accession à l’existence littéraire procède de phénomènes d’une grande diversité, bien qu’à l’instar du nombre plongeant des espèces vivantes qui nous environnent, ces phénomènes se standardisent en une espèce dominant la disparité des comportements d’expression restreinte.

Sous le régime de cette loi darwinienne de l’évolution créatrice qui promeut à l’existence littéraire la plus répandue l’objet à fonctionnement symbolique dont la probabilité d’expansion est la plus grande, la biomasse littéraire s’amoindrit au rythme de ses peaux de chagrin. La chaîne alimentaire littérature en mal de maturation digestive s’engorge de flux nauséeux.


C’est donc dans l’îlot le moins immédiatement rentable du profit littéraire que la vie sauvage de l’existence littéraire s’expérimente. Demain c’est vendredi, le canton est vierge de masse et de  consommation. Exit avatars et avaries : pureté de l’Eden éditorial.

L’îlot des livres de poésie, je l’avais rêvée étrange, sauvage. J’avais pacifiquement renoncé à la lutte des espèces, pensant chasser simplement quelques idées pour vivre. J’ai compris que le noyau du fruit dont le risque de chute était le plus limité, et
pour ne pas maudire la zone, était la réaction profonde à une action restreinte.
 
Les noyaux de mes dernières désertions (bien que cet îlot soit loin du Beau-Séjour dans un canton de nudité, tel que le titrait Francis Picabia rêvant de "Pensées dans langage"): Jean-Louis Giovanonni et Hélène Sanguinetti qui ont abordé la Maison de la poésie de Rennes jeudi 6 mars, et qui doivent bien accoster les berges de quelques librairies solides.

 

par Nolwenn Euzen
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Mercredi 5 mars 2008
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Avant-hier j’ai assisté à une performance de lecture imbécile. Comme je suis un peu bête je l’ai prise trop au sérieux. Quand on me prend à l’imbécillité on me prend souvent la Bastille, c’est ma bataille intestine. Je manque de bêtise pour me retrancher son assaut. J'ai bien pensé que ce sérieux n’était pas drôle, que si je m’en aveuglais, cette intimité tapageuse pourrait enfin se lénifier. Mais je n’y parvenais pas. Sans doute parce que les tutelles imbéciles ne m’y autorisaient pas.
 
J’ai pensé aux dadas et aux bibis. Je leurs ai conseillé de se contempler avec moins de sérieux : un siècle plus tard applaudir les mêmes ressorts de la farce imbécile. Tzara n’applaudissait pas car il se fichait de la réussite ou non de la farce. L’imbécile heureux oublie la réception et la responsabilité de l’acte artistique. C’est bien ce qui me gâchait le carnaval des idiots auquel je participais : le masque imbécile couvrait, pour ces artistes, une sérieuse plutôt que franchement drôle grimace de l’œuvre. 
 
Ma bataille intestine s’est alors travestie au neutre. J’ai plaisanté intérieurement à cette mauvaise grimace de l’art et renoncé, dans la réalité, à costumer d’idiotie le comportement le plus régressif. Tant qu’il est sérieux je garde mon sérieux. Je me dériderai si les fous font la fête, sinon pour un pou comme la tête.      
par Nolwenn Euzen
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Dimanche 2 mars 2008


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Josh Keyes  

    L’ère surproductive de la littérature jeunesse, au regard de laquelle la littérature (celle des grands) se sent malaisément naine sur l’épaule du géant et prise au piège du système éditorial moderne, ne produit pas seulement le chaos digne du plus absurde et tragique destin de la littérature.
 
   L’ère de la production de masse en édition jeunesse n’assure pas davantage le salut des nouvelles générations par là enfin libérées de la gangue d’un pesant héritage littéraire classique. Le gigantisme du nombre des ouvrages et des revenus ne recoud pas non plus le tissu déchiré des inégalités devant la lecture, à moins d’une foi assez aveugle dans les vertus didactiques du capitalisme.
 
  L’ère contemporaine de l’infantile lucratif des stratégies éditoriales et de l’enfantillage passionné de jeunes adultes engoncés dans la défense de la lecture pour l’enfance, à défaut d’initier l’enfance de la lecture, légitime l’angoisse d’un lecteur avisé sur la situation.
 
  L’ère des nains montés avec leur consentement sur l’épaule de gentils géants montre aussi comment une petite souris comme celle de Monique Félix, et de quelques inventifs illustrateurs jouant des ruses de la narratologie dans l’illustration, est capable de conceptualiser ingénieusement dans l’image le niveau élémentaire de l’apprentissage – celui des couleurs, des contraires, et le niveau élémentaire de la lecture : le passage de la réalité à la narration.
 
  En format minuscule du type album, dans « Histoire de deux petites souris qui découvrent les couleurs », cela donne par exemple (le plus simple) une page blanche au bas de laquelle une souris ronge la page, suivie d’une page planche où le trou de la page est occupé par la tête de la souris (ayant par conséquent elliptiquement traversé la page et transgressé son niveau de réalité).
 
  Simple et efficace jeu du niveau élémentaire de la représentation qui amuse beaucoup les enfants crédules et encore davantage certains éducateurs (bibliothécaires ou enseignants) qui ne voient finalement pas pourquoi s’émanciper d’une formule si sûre. Ce régime d’assurance les protégeant du risque littéraire.
 
  Pourtant ces gentilles ruses de lectures des albums "jeunesse", si elles étaient moins naïvement reçues des éducateurs professionnels du livre,  si elles étaient finalement reçues comme la sérieuse initiation au langage que la fable de petite souris couvre, ces gentilles lectures pour enfants ne seraient pas étanches aux risques littéraires. Elles ne seraient pas une assurance contre le doute. On pourrait les imaginer en jeté à l’eau.
 
  Alors souris, renard, ou chien, tous les mots seraient adultes. La lecture une enfance. Alors un enfant de la littérature jeunesse lirait encore, et lirait que « le renard est un mot qui ruse » chez James Sacré, et lirait que « le mot chien ne mord pas » chez Raymond Queneau, et lirait que « rose is a rose is a rose » chez Gertrud Stein et n’en finirait plus d’enfanter sa lecture.
 
par Nolwenn Euzen
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Samedi 1 mars 2008


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Le "fauteuil oeuf " outrelinguistiquement dit "egg chair" donne la configuration spatiale de son utilisateur telle que vous pouvez l'apercevoir imagée ci-dessus. L'image est extraite de "la fourmillière", nom du forum des lecteurs de l'écrivain Bernard Weber.

Je me demande si un parallèle de l'egg chair avec la position de l'ego d'un utilisateur du blog ne permet pas une certaine pelure de la coquille d'un oeuf alors davantage dur qu'enveloppé du blanc.
par Nolwenn Euzen
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