Ohne Brücke keine Perspective 1:5e/S.Hubard
Rectifions d’abord le « jeté » du titre ci-dessus. L’infinitif du verbe « jeter » devrait, en circonstances orthonormées aux verbes
« lancer », « lâcher » ou « toucher », s’accoler au pronom « le » dans une forme substantivée du type « le jeter ». Mais une raison,
sans doute chorégraphique, définit le « jeté » comme, jeté simple, jeté battu: saut lancé par une jambe et reçu par l’autre en danse ou, épaulé et jeté: effort de
basculement des poids sur les bras, en haltérophilie. Le jeté caractérise aussi, dans une certaine endurance, la chorégraphie du fil jeté sur l’aiguille dans le tricot, puis se stabilise dans le
champ de l’ameublement en « jeté de table » à vocation ornementale.
Je songe, et ce dans l’infini de la régression de mon idée, à l’insondable subversion de la durée et du sens de l’action que cette substantivation du verbe
jeter dans « le jeter », accorderait au mot. Surtout pour parler d’un poème.
Pour garder prise aux circonstances concrètes de l’action, de sorte que la proximité du vide-ordures visée par le jeté soit perceptible, j'ai gardé la forme
adjectivée du verbe "jeter" dans le groupe nominal du titre. Mais ce n’est qu’un mirage syntaxique que mon intelligence de la langue autorise.
J’aime bien utiliser le mot « intelligence » car je n’en suis jamais sûre. Je suis certaine d’une part de doute quand il prend part à mon lexique. Ce
qui n’arrive pas tous les jours, mais tout compte fait plus fréquemment que dans le lexique de beaucoup.
Par exemple, je l’ai utilisé, je m’en souviens: quand je travaillais à l’éducation nationale. J’avais noté dans le carnet d’un élève qu’il devait faire preuve
d’intelligence. La circonstance m’en avait fait douter. Douter sans gravité. Je soustrais la suite de l’anecdote dont voici la conclusion : j’ai compris que le mot « intelligence »
était comme une maladie grave dont le moindre symptôme de bêtise ou maladresse réveillait la douleur.
Le mirage, je m’en suis concrètement rendue compte en l’expérimentant ailleurs que dans « Tintin », et cependant dans une circonstance qu’Hergé
n’aurait pas refusée à son héros : les « salinas grandes », la mer de sel exploitée dans ce désert minéral argentin au pied de la cordillères des Andes. Le mirage est bien une
digression de la représentation.
Ainsi j’ai cru voir des lamas s’abreuvant dans une immense flaque d’eau et des montagnes se réfléchissant sur la surface liquide quand l’expérimentation
prolongée et mon déplacement dans le lieu déconstruirent les lamas en petits tas de cailloux et la surface liquide en nappe de sel blanc.
Le faux mauvais poème est celui qui déconstruit sans gravité le mirage de sa formation. Le vrai mauvais poème est par défaut celui qui ne se dénoyaute pas sans
devenir aussi plat qu’une nappe sans sel blanc dans le plus sérieux des regards de lamas.
J’ai retranché au propos une part de sa gravité dans le mirage de variations bleutées que produit maintenant l’écran dans lequel je contrôle des yeux l’avancée
du propos… sur fond bleu.