
La lecture extensive fait zapping dans le rituel du livre, sans véritable désir d’apprendre. La lecture extensive fait star system du recueillement intime. Le héros c’est moi quelqu’en soit le triomphe. On se sent plus facilement le héros de rien avec peu. La scène est garantie d’être rejouée.
La lecture extensive n’est pas qu’un décor mental, une autoroute de la consultation ou un vide-poches. Si le livre, plus sentimentalement idéal que véritablement usité, pose souvent sur un trône (type buffet ou étagère) pour l’apparat des préoccupations non utilitaires des esprits, est-ce vraiment si bourgeois ?
La lecture extensive s’hyperbolise dans l’inflation des contenus textuels numériques sur Internet. Le fétichisme de l’objet - livre souffre, mais celui de l’intimité triomphe. Les vertus du livre de chevet : relation personnelle au livre, chargée d’affectivité et presque amoureuse, écriture en confidence et en dialogue, lecteur foyer des émotions, intimité et désir de présence singulière - ces vertus du livre de chevet sont aussi celles de l’Internet et du monde de ses blogs.
Au-delà de sa mer d’information, la vague Internet absorbe la phénoménale extension de l’intimité. Satisfait le besoin individuel massif d’exprimer ce qui lui fait valeur. Le tableau relève-t-il d’un malaise dans la culture, certainement. Malaise profondément démocratique à l’heure des utopies bien sonnées, rêves couchés du miracle citoyen.
La lecture extensive, bien souvent bonne conscience de démocratisation culturelle. La multiplication de l’offre documentaire n’a pourtant jamais fait d’un usager de bibliothèque un confident électoral. Quoique.
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