Tant qu’il y aura #9

Publié le par Nolwenn Euzen

 

par Joachim Séné

 


Tant qu’il y aura le regard soupçonneux aux sourcils surligneurs, tant qu’il y aura les épaules de biais, tant qu’il y aura le haussement des paupières, tant qu’il y aura la course des doigts sur les replis d’un vêtement, tant qu’il y aura l’oreille grattée à prononcer ce nom, tant qu’il y aura le front plissé de jugements, tant qu’il y aura la poignée de main molle et l’hésitation à serrer, tant qu’il y aura le sourire destiné au dos tout juste tourné, tant qu’il y aura les genoux l’un sur l’autre pour faire balancer le pied droit, tant qu’il y aura la main dans la poche hésitante à sortir, tant qu’il y aura la semelle qui racle le sol, tant qu’il y aura le dos tendu à la simple évocation, tant qu’il y aura le coude posé sur le bar et puis l’autre, tant qu’il y aura la barbe grattée sans y penser, tant qu’il y aura le visage penché sur un autre, tant qu’il y aura le soupir tenace et le pouce rongé, tant qu’il y aura les cheveux défaits, tant qu’il y aura les cils froissés, tant qu’il y aura la forme qui s’efface sur un siège trop mou, tant qu’il y aura le dos courbé au-dessus d’un lacet à renouer, tant qu’il y aura l’ongle rongé devant la joue mordue, tant qu’il y aura l’avant-bras irrité et la main tendue, tant qu’il y aura le menton avant le chef, tant qu’il y aura le plat du pied sur le chemin du retour, tant qu’il y aura le cou dévissé pour mieux voir derrière, tant qu’il y aura l’œil vide de tant de souvenirs, tant qu’il y aura les lèvres pincées pour lui ou pour elle, tant qu’il y aura la langue qui claque contre les dents, tant qu’il y aura la poitrine soulevée pour le souvenir d’une respiration, tant qu’il y aura un souffle.

 

 

Nolwenn Euzen et Joachim Séné en réciproque pour ces Vases communicants. 

" Lourde lente meilleure part des hommes " est à lire ici www.joachimsene.fr/ parmi la fructueuse exploration numérique de l'hôte.

 

 

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