LA LANGUE A L'ESTOMAC



LA LANGUE A L'ESTOMAC

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le style

sans jamais oser le demander


work in progress



Le style le plus menaçant de la littérature est la poésie. Quelques conseils préliminaires sont requis pour aborder cet animal féroce du langage /

 

 

 

 


Munis de ces conseils, n’espérez pas approcher le domaine sereinement. En effet, la devise de la poésie, inscrite sur le fronton de ses chefs d’oeuvres les plus vénérés, est de ne jamais laisser le lecteur tranquille, de le bouleverser tous sens compris /

 

 

 

 


Sache lecteur, qu’un lecteur est poétiquement parlant un être conventionnel, sans grandeur, assis, qu’il s’agit d’élever au rang des plus grandes aventures de l’esprit. Le poète grandit son lecteur empêché grâce aux largeurs des ressorts vivants auxquelles il consacre sa pensée /

 

 

 

 


Il y a très longtemps, le poème a été utilisé au récit des réussites guerrières. Ce déferlement anarchique des coups d’épées ou de canons est resté l’épine dorsale du style poétique /

 

 

 

 


Un poète réussit son poème s’il livre son meilleur combat avec un ennemi précisément identifié: la langue. Tout rapprochement de ce conflit sanguin avec une autre bataille de l’esprit répertoriée, celle de la psycho-compréhension du sujet par exemple, entrave la réussite du poème /

 

 

 

 


Un bon style, c’est celui qui met K.O. la langue dans un drain serré à la réalité. L’effort du poète consiste à alimenter son drain de toutes les sécrétions linguistico-mentales qu’il ne peut pas garder pour lui /

 

 

 

 


Un poète génial, vous le savez sans doute déjà, n’est pas un individu ordinaire mais mélancolique et fou /

 

 

 

 


Le lecteur idéal est celui qui tombe amoureux du poète génial. Il a un drain vide et triste à la réalité qui se remplit religieusement des sécrétions du poète génial /

 

 

 

 


Le style de tous les styles, c’est le style King Kong. C’est un style dont toutes les mensurations explosent. La phrase n’est pas normée dans la grammaire conventionnelle et le mot a le goût du maelström de lexiques et registres assemblés /

 

 

 

 


Le poète doit extraire quelque chose de. Ce geste résolument magique communique avec l’inconnu, le vestiaire et l’arrière fond de nous-mêmes /

 

 

 

 


La meilleure manière d’appréhender l’étrangeté du poème est de penser à la fragilité d’Obélix et à la puissance d’Astérix. Ils distribuent eux aussi des raclées de voyelles /

 

 

 

 


Une des satisfactions du poète qui a fabriqué une potion efficace, est de se laisser envahir par l’intérêt grandissant que les lecteurs portent à sa potion énigmatique /

 

 

 

 


Nos outremondes, contrevies et frontières ne peuvent pas être dits plus viscéralement que par les poètes revenant des mondes inconnus. Ni le roman policier, ni la science fiction, aucun genre ne plaque son énigme sur la page aussi près de l’estomac /

 

 

 

 


Tous les styles sans estomac sont ailleurs /

 

 

 

 


L’estomac sur la langue fait cracher toutes les langues du monde, tous les dialectes, toutes les grammaires en désordre /

 

 

 

 


Quand tu as l’estomac sur la langue, même malade, tu le gardes /

 

 

 

 


L’estomac sur la langue, tu le vomis à perdre haleine. Tu projettes ton monde abimé dans une langue en pleine déconstruction /

 

 

 

 


L’estomac plein de style tu es l’idiot aux mains pleines de tes maux /

 

 

 

 


L’estomac vide, la vie à l’os, sans verbe, tu ne remplis plus rien de toi. Ta chair est dépeuplée et tu as lu tous les livres /

 

 

 

 


Quand tu sais dire à l’estomac, tu peux devenir professeur des poches gastriques. Tu enseigne sur un ton sentencieux et professoral comment la langue est venue sur terre /

 

 

 

 


Comment la langue est venue dans son estomac, c’est une question à laquelle le poète répond difficilement. Il s’agit souvent d’une histoire de téton mordu au premier âge /

 

 

 

 


Sur l’estomac le style est souverain. Il tient le cap du désordre dans les plus sévères tempêtes mentales /


 

 


Le poète a digéré beaucoup de styles sur l’estomac avant de secrété le sien /

 

 

 

 


Le poète n’invente pas. Il sécrète un style à sa digestion dans la panse littéraire qui l’a nourri /

 

 

 

 


Le poète est centré sur la langue comme sur son estomac /

 

 

 

 


L’estomac rend aveugle. C’est pourquoi Rimbaud a dit que la femme et le poète trouveraient l’inconnu /

 

 

 

 


Le poète digère mal. C’est tout ce qu’il est capable de dire aux psychanalystes /

 

 

 

 


Dans la langue, l’estomac est aussi fertile que l’inconscient open mind /

 

 

 

 


Pour le style, la conscience n’est utilisable que dans la mesure où elle produit des entorses au repère réglementaire /

 

 

 

 


Dans la circulation poétique, la conscience n’est autorisée qu’en excès de vitesse. Le respect de la limitation entrave l’originalité /

 

 

 

 


Si le style c’est l’homme, le style c’est la névrose /

 

 

 

 


Si c’est un homme ce n’est pas qu’une affaire de style /

 

 

 

 


Le style à l’estomac est la survie de l’espèce souffrante /

 

 

 

 

 


Un mal existentiel passe par l’estomac. L’estomac littéraire est un canal digestif comme les autres /

 

 

 

 


La spécificité de l’estomac littéraire est de faire tomber de haut des objets qui étaient sous la ceinture /

 

 

 

 


La littérature à l’estomac est par définition sous la ceinture /

 

 

 

 


Sous la ceinture l’estomac brûle souvent à la manière d’un explosif /

 

 

 

 


La langue à l’estomac est plus accessible que sous la ceinture. Il s’agit toutefois du même canal /

 

 

 

 


L’estomac réconcilié avec la ceinture définit la coupe émancipée du pantalon poétique /

 

 

 

 


Un estomac d’écrivain peut avoir gonflé des lectures entières sans descendre sous la ceinture /

 

 

 

 

 


Un estomac d’écrivain sous la ceinture sans le savoir n’est pas un problème pour la littérature. Elle est l’un des rares domaines de la société civile où l’on peut agir sans savoir  et sans culpabiliser /

 



 

L’évaluation du style s’effectue selon des critères proches de ceux de l’exploit sportif. Il s’agit d’apprécier une performance /

 

 

 

 


Trouver son style est un défi de la personnalité de l’artiste. S’il surfe sur toutes les vagues de style il finit par hybridation par s’humidifier lui-même /

 

 

 

 


L’ennemi d’un style est son semblable /

 

 

 

 


Comme pour la fécondation, le style est créé in vivo ou in vitro par la personnalité. In vivo la fertilité est naturelle, in vitro elle est produite par l’insémination d’un style proche dans la personnalité de l’artiste /

 

 

 

 


Si un style devait demander leur consentement à tous les styles qui ont contribué à sa germination, les styles seraient en paix les uns avec les autres /

 

 

 

 

 

Un bon écrivain fait comprendre aux autres ce qu’il leur doit sans hostilité /

 

 

 

 

 

Un bon écrivain honore les autres par son emprunt /

 

 

 

 


Un style faible cache l’identité des styles gênants qui l’ont fait naître /

 

 

 

 


La naissance d’un style est aussi complexe que l’hérédité /

 

 

 

 


Le besoin de style naît bien souvent d’un défaut héréditaire /

 

 

 

 


Le trou psychique est une raison majeure de l’irrégularité grammaticale /

 

 

 

 


L’impensé ne coïncide pas avec la linéarité formelle /

 

 

 

 


Le style éponge absorbe discrètement les autres /

 

 

 

 


Le style éponge ressemble à un style par agglomérat /

 

 

 

 


Le style éponge d’une personnalité éponge résorbe son manque /

 

 

 

 


Les styles éponges et les séminateurs de styles en série ont le même défaut. Ils absorbent ou produisent en série sans inséminer ce qui leur appartient en propre /

 

 

 

 


La production automatisée de styles est-elle la mort du style /

 

 

 

 


Le générateur de styles en série effraie-t-il les créateurs de styles vivants /

 

 

 

 


La création de style vivante ne garantit pas la gémination personnalisée de l’auteur. Nous avons précédemment évoqué le cas du style éponge /

 

 

 

 

 


L’assimilation cumulative des autres styles dans un style ne pose pas la même équation au style que la production de tous les styles par automatisme. Dans le second cas la visibilité augmente mathématiquement /

 

 

 

 


 

L’assimilation cumulative des autres styles dans un style ne pose pas la même équation au style que la performance de tous les styles par automatisme. Dans le second cas la visibilité augmente /

 

 

 

 


La création de style vivante ne garantit pas la gémination personnalisée de l’auteur /

 

 

 

 


Le style éponge est une capacité d’absorption des autres /

 

 

 

 


Plus le style éponge contient de styles plus son propos est profond /

 

 

 

 

 


Dans un style-plan le style éponge est inconsistant. Sa force est l’effeuillement /

 

 

 

 

 


Le style éponge n’a rien à dire. Il éponge /

 

 

 

 

 


La pensée couche dans l’éponge /

 

 

 

 

 


La pensée couchée n’a pas besoin d’exister /

 

 

 

 

 


Si quelqu’un dit au style éponge que sa pensée est couchée, l’éponge se réveille et couche aussitôt sa pensée /

 

 

 

Lire comme on est pas encore vraiment

La rédaction

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